
Makassar entraîne dans sa chute bon nombre d’éditeurs indépendants. Les causes du naufrage du diffuseur-distributeur ont largement été exposées dans les médias, dans la première moitié de ce mois de juillet, à savoir la mise en redressement judiciaire de grandes librairies comme Gibert, Furet du Nord et Decitre qui n’ont pas été en mesure de payer au distributeur les ouvrages vendus, empêchant au final ce dernier de reverser l’argent des ventes à ses éditeurs. Mais le vaisseau avait déjà commencé à prendre l’eau, notamment à cause des conséquences d’une cyberattaque envers l’un de ses prestataires l’été 2024, d’une envolée des charges et d’un marché du livre en petite forme. C’est donc une accumulation de malheurs qui ont causé le drame.
Au risque de paraître déplacé, au moment où des éditeurs se retrouvent à terre et risquent de ne pas survivre, l’honnêteté oblige à préciser que l’un des facteurs ayant participé à l’inflation des charges, tenait à l’existence de stocks de plus en plus obèses, dont Makassar assurait seul le coût (Il y a deux ans, Makassar alertait ses éditeurs sur un stock de 5 000 palettes). Sur ce point, la presse s’est faite discrète, pour exonérer des éditeurs en grande souffrance de la moindre responsabilité, préférant pointer du doigt l’hégémonie des grandes entreprises, principaux vecteurs d’une surproduction structurelle et d’un engorgement du marché, et le manque de soutien d’un État français qui se sentirait peu concerné par la défense de la culture en général. Ajoutons cependant que si ces critiques convenues manquent de nuance, elles ne manquent pas de fondement. En outre, les coûts de stockage sont loin d’être un élément déterminant de cette faillite.
Si les plus gros des petits ont déjà trouvé un autre distributeur pour continuer d’être présents en librairie, sous réserve qu’ils survivent au non-recouvrement de l’essentiel – voire de la totalité – de 6 mois de recettes 2026, ce n’est pas le cas de Bananas qui ne pourra désormais être disponible que via la boutique de ce site, et chaque premier week-end de décembre au SoBD sur le stand stripologie.com.
Parce que, et c’est là la bonne nouvelle, Bananas va continuer, avec une audience fatalement moindre, ses mises à jour de l’histoire de la bande dessinée. Du moins jusqu’à ce que le prix de l’affranchissement atteigne le prix de la revue, puisque La Poste augmente ses tarifs d’environ 10 % chaque année et que la périodicité annuelle de Bananas l’empêche de bénéficier de tarifs préférentiels. Ce qui devrait advenir assez vite, en 2031 ou 2032, date à laquelle on arrêtera les frais.

La première des conséquences à moyen terme est qu’il est possible que Bananas parvienne à squatter un bout de stand lors de divers festivals et salons. Par exemple, celui de Quai des Bulles, dont la prochaine édition annonce, du 9 au 11 octobre à Saint-Malo, des expositions consacrées à Nicolas Dumontheuil, Alberto Breccia, L’ours Barnabé, Lucky Luke et Terreur Graphique (entre autres).
https://festival.quaidesbulles.com/

La seconde des conséquences est que le n° 19 de Bananas sortira en octobre, donc avec plusieurs mois d’avance, avant le milieu d’hiver habituel. Il y sera beaucoup question de bédéphilie, un peu de fumetti (notamment avec l’excellente série « Storia del West » traduite en français sous le nom de « La Route de l’Ouest », que je relis actuellement, surpris par le nombre incroyable d’épisodes ayant pour thème l’accaparement des terres indiennes, ce qui est paradoxalement un sujet minoritaire dans le western) et l’on reviendra sur Dimitri avec un entretien avec le sulfureux auteur de l’inoubliable Goulag.

Les 38e Gamberges de la Dourbie, qui se tiendront dans l’Aveyron au hameau du Tayrac (12230 Saint-Jean du Bruel) les 6 et 7 août, présentent une exposition sur René Giffey (1884-1965) qui travailla pour Fillette, Cri-Cri, L’Épatant, Le Petit Illustré, L’As, Junior, Tarzan, L’Intrépide, L’Astucieux, Hurrah !, Nano et Nanette, etc. Yves Frémion fera une conférence sur le dessin de presse de 1830 à nos jours et Bernard Joubert, privé de conférence au Conservatoire d’Angoulême dans le cadre du Festival International de la Bande Dessinée, qu’il introduisait systématiquement par une chanson, se rattrapera en donnant un concert.