Pas moins de 22 pages consacrées à José-Louis Bocquet dans le n° 199 de dBD (mars- avril 2026). Faut dire que s’il n’a pas été aussi productif qu’un Charlier ou un Rodolphe, il a commencé tôt. Avant de devenir scénariste de bande dessinée, il a commencé par être bédéphile. Là encore, il a été plutôt précoce : il déclare avoir été « addict » à la bande dessinée vers 7 ou 8 ans et qu’il voulait « être Numa Sadoul » à 13 ans. Que l’on veuille, enfant, être plus tard Franquin ou Giraud passe encore, mais vouloir être critique, c’est tout de même plus rare. Bref, pour faire le tour d’une carrière dans la presse et l’édition aussi variée (il fut aussi fanzineux, éditeur, attaché de presse, journaliste, romancier), il fallait bien lui réserver une pagination consistante.

Cet excellent entretien bénéficie en outre d’illustrations fort bien choisies et pas toujours très connues.

Le n° 200 (mai-juin) est déjà paru, sous une très belle couverture de Bertail, mais je ne l’ai pas encore lu. En ces temps de déprime dans l’édition et la presse (et ailleurs), il est heureux que l’on puisse encore célébrer des anniversaires et pas seulement des funérailles. (Casemate, le concurrent direct de dBD fête dans le même temps son 200e numéro.)

À propos de nouvelles pas très gaies, deux études récentes sont sorties en avril. L’une émane d’IPSOS BVA, commandée par le Centre National du Livre, et porte sur « Les jeunes Français et la lecture », l’autre des États Généraux de la bande dessinée (« Enquête auteurs 2025 »).

Résumer à gros trait, ça pourrait donner : de plus en plus d’auteurs de bande dessinée pour de moins en moins de lecteurs. Soit une aggravation « cumulative » de la situation puisqu’allant dans le même sens aux deux bouts de la chaîne du livre. Sans parler des intermédiaires qui souffrent aussi (accélération des fermetures de librairies).

Les enquêtes méritent d’être lues attentivement, ne serait-ce que pour éviter de penser qu’il s’agirait d’une catastrophe subite, plutôt que la continuation d’une tendance déjà à l’œuvre depuis plusieurs années (ce qui, d’une certaine manière, est beaucoup plus grave : une crise peut toujours laisser espérer un rebond).

L’échantillon jeunesse étant large (7 – 19 ans), les évolutions par sous-catégories d’âge diffèrent mais, globalement, 57 % lisent des albums de bande dessinée, 46 % des mangas et 13 % des comics, pour reprendre les catégories utilisées. Conclusion sur ce point : « Lorsqu’ils lisent pour leurs loisirs, les jeunes se tournent encore plus qu’avant vers les albums de BD (+2 pts), mais aussi vers les romans, en hausse (+4 pts vs 2024), et les mangas, en léger recul pour la première fois (-1 pt) ».

Quant à l’« Enquête auteurs 2025 », elle confirme la féminisation de la profession (37 % de femmes contre 27 % il y a 10 ans) et la précarisation sociale («  55 % de ceux qui se considèrent comme professionnels n’atteignent pas le SMIC et 37 % vivent sous le seuil de pauvreté ».)

La grande surprise, là encore de bien mauvaise augure, c’est que « s’il y a dix ans les moins de 40 ans représentaient 56 % de l’échantillon, ils ne sont plus que 42 % aujourd’hui. Cette baisse très significative pourrait correspondre à un recul des vocations. »

https://centrenationaldulivre.fr/donnees-cles/les-jeunes-francais-et-la-lecture-en-2026

https://www.etatsgenerauxbd.org/wp-content/uploads/sites/9/2026/03/egbd_2025_enquete_auteurs.pdf

Parmi les bonnes nouvelles, il y a la publication des œuvres complètes de Marcel Gotlib, à l’initiative de Jean-Louis Gauthey. Le n° 166 de Canal BD, magazine du réseau éponyme de libraires, a interrogé ce dernier qui parle très concrètement de cet énorme chantier qui nécessite un énorme travail de recherche et de restauration. Tâche parfois un peu ingrate et peu économe en temps, mais qui n’est pas nouvelle pour l’individu qui s’y est coltiné plus d’une fois pour d’autres rééditions produites par sa propre maison d’édition (Cornélius), en particulier les Pepito de Luciano Bottaro.

Autre bonne nouvelle, la revue de l’image populaire, Papiers Nickelés, parvient à survivre aux augmentations éhontées des tarifs postaux et à l’effondrement d’un plafond de son siège social. Le n° 88 (daté mars 2026) consacre une très grosse part de son sommaire à la bande dessinée (un peu trop, selon Yves Frémion son rédacteur en chef, qui demande à ses collaborateurs plus de contributions sur le dessin de presse, la gravure, l’imagerie) : Olive Oyl (Mme Popeye), les illustrations de Druillet pour les éditions Opta signées sous le pseudo de Mortimer, la contribution d’Alterto Breccia sur un livre portant sur l’histoire graphique du Chili, le racisme et le colonialisme exprimés dans une planche publiée en 1936, la dernière série de Victor Hubinon (La Mouette), Bonux-Boy (revue publicitaire dirigée par le fils de Jijé), auxquels s’ajoutent encore d’autres articles consacrés à des travaux d’illustration parfois réalisés par des dessinateurs de bande dessinée.

Je n’ai pas d’information sur la prochaine édition du festival L’AFFAIRE TONNERRSOL (aucune mention sur le site de la ville de Tonnerre) mais il semble pourtant qu’il aurait lieu le 16 et 17 mai. C’est dans ce cadre qu’on pourra y découvrir quelques originaux de Forest et de quelques autres prestigieux dessinateurs. De même, il devrait y avoir une prochaine édition du festival international de la bande dessinée à Angoulême fin janvier 2027, organisé par la société Morgane, malgré la procédure lancée par l’ancien organisateur, Franck Bondoux (9e Art+). Le tribunal d’Angoulême rendra sa décision à ce sujet le 20 mai.

Sinon, puisque l’on a commencé avec José-Louis Bocquet, je peux déjà annoncer que le n° 19 de Bananas sera largement consacré à d’autres bédéphiles plus inattendus.