
Malgré l’avalanche des nouveautés qui continuent de déferler dans les librairies, il est heureux de constater que certains éditeurs n’hésitent pas à rééditer de précieux livres épuisés depuis longtemps. Initiative d’autant plus heureuse que les nouvelles éditions sont parfois plus belles que les éditions originales. C’est le cas de Dessous troublants, de Jeanne Puchol, (re-)sorti en octobre chez Tanibis, qui bénéficie en outre d’une postface remarquable, pour ne pas dire parfaite, de Claire Latxagtle, qui ne donne qu’une envie : relire aussitôt les 20 planches aux allures oubapiennes qui la précède, dont on se gardera bien de dévoiler le sujet ici.
Le livre, qui brille par son intelligence (et par l’intelligence de celles qui l’ont composé), ne provoque pas seulement un intense plaisir esthétique. C’est aussi un formidable contrepoint réparateur à la médiocrité et à la bêtise qui envahissent en permanence nos écrans.

L’association Hamelin organise une grande exposition Pinocchio, du 18 septembre 2026 au 7 février 2027, au Museo della Figurina de Modena. Même si elle « accorde une large place aux interprétations contemporaines de Pinocchio », j’espère que le travail de Luciano Bottaro n’a pas été oublié. Car je continue de penser que son adaptation demeure à ce jour l’une des plus réussies.

Elle ne bénéficie malheureusement en France que d’une édition de luxe à tirage limité (399 exemplaires), contrairement à son pays d’origine.

F’Murrr a été mis à l’honneur à l’occasion de la 14e édition de Formula Bula, qui s’est déroulé du 25 au 27 septembre.

D’abord par une plaisante exposition à la mairie du 5e arrondissement de Paris (17/09 – 09/10/2026).

Puis par un échange sur le thème « Conservation, numérisation, dation… Une montagne de planches, on met ça où ? » piloté par Lucie Servin (journaliste et commissaire de l’exposition consacrée au « génie de la page »), avec deux grandes amies de F’Murrr, Barbara Pascarel et Elisabeth Walter, du fonds de dotation F’Murrr au futur, et Alexandre Devaux de la BNF.


À cette occasion, les auditeurs ont pu consulter le catalogue utilisé en 2018 pour la demande de dation au titre des droits de successions, qui fut acceptée. (En conséquence, les droits de succession de F’Murrr ont bien été acquittés à l’État sous forme de « dons » de planches et de dessins originaux.)
La constitution du sommaire du prochain numéro de Bananas est encore en cours. Mais il n’est pas impossible qu’elle exhume un entretien avec le bondissant créateur du Génie des Alpages.

Le festival Quai des Bulles s’est tenu comme prévu à Saint-Malo du 9 au 11 octobre. Il semble que l’exposition consacrée au grand maître de la bande dessinée argentine (et même mondiale), Alberto Breccia, ait été fort appréciée.

Quant au 43e BD BOUM qui se tiendra à Blois du 20 au 22 novembre, la programmation n’est pas encore connue à ce jour. On pourra y trouver quelques exemplaires du Bananas n° 19, sur le stand Oblique.

Pour l’édition 2026 de ses Rencontres internationales de la bande dessinée, la Cité internationale de la bande dessinée d’Angoulême, associée aux États Généraux de la Bande Dessinée (EGBD), organise le 12 novembre une journée centrée sur l’avenir des auteurs.
Au menu (traduit ci-dessous en bon français) :
Rapport des EGBD : constat et synthèse de l’étude
Édition : relations auteurs / éditeurs
La situation des femmes
Quelle représentation collective pour les auteurs ?
Que propose le politique ?
Inscription gratuite sur le site de la CIBDI.

Le 23 septembre, le Syndicat National des Auteurs et des Compositeurs (SNAC) présentait une enquête de Marie Bardiaux-Vaïente et Véro Cazot sur le métier de scénariste BD. La rencontre avec ces deux scénaristes était animée par le dessinateur Marc-Antoine Boidin. Pendant deux heures et demi, les intervenantes ont évoqué l’importance des scénaristes dans la création d’une bande dessinée et le peu de considération, à tous égards (médiatique, symbolique, financier, etc.), dont ils jouissaient. Comme l’échange a été filmé, et devrait être mis en ligne sur Internet, chacun pourra constater que le sujet a honorablement été traité. Deux regrets toutefois :
1/ Une absence totale de données concrètes et chiffrées, à l’image des très sérieuses enquêtes des EGBD, mais on en saura peut-être plus au moment de la restitution papier dans un an.
2/ Une absence là aussi totale de mention des réflexions (et des actions !) déjà menées par des auteurs, et groupes d’auteurs, dans les décennies passées, donnant le sentiment un peu désagréable d’un combat totalement nouveau contre une invisibilisation totale des scénaristes. Or, cela fait maintenant plus de soixante ans qu’en France les scénaristes sont sortis du placard. Que l’on pense à l’importance d’un Greg, omniprésent dans le Journal de Tintin que par ailleurs il dirigea dans les années 1960, et plus encore d’un Goscinny, également rédacteur en chef puis directeur (de Pilote), dont le nom ne fut à aucun moment cité, en cette année où l’on célébrait pourtant le centenaire de la naissance. Point n’aurait été besoin de s’appesantir sur le passé, quelques phrases d’introduction à l’échange auraient suffi.
Ce qui n’empêche nullement de partager le constat qu’en période de disparition des supports presse permettant des rémunérations régulières, et de surproduction d’albums entraînant mécaniquement des baisses de tirage et donc de droits d’auteurs (et d’avances), le métier de scénariste n’a jamais été aussi sinistré.