Ce blog évoque plus volontiers la presse spécialisée que la presse généraliste. Pour changer, petit panorama de ce que cette dernière a publié dans les semaines passées, histoire de vérifier quel type de sujets sont abordés et si ce sont toujours les best-sellers qui raflent la mise.

Le Soir, à propos de Lucky Luke :
« Vingt-cinq ans après sa mort, l’œuvre de Morris a pris une autre dimension. En 2024, Christie’s a mis en vente pour la première fois une cinquantaine d’originaux de Lucky Luke, entre Genève et Bruxelles. Un simple dessin du cowboy se roulant une cigarette (un geste proscrit depuis 1983) s’est envolé pour 70.327 euros. « Les auteurs de l’âge d’or ne pensaient pas une seconde que leurs originaux pourraient prendre de la valeur », commente Matthieu Bonhomme. « Morris faisait des livres et ce qui comptait pour lui, c’était la vente des albums. S’il avait dessiné des planches avec l’idée de les vendre en tête, il aurait sans doute fait de très mauvais livres. Après, la valeur prise par son œuvre aujourd’hui est légitime et valorisante. Personnellement, je continue comme Morris à travailler sur papier. Le papier instaure un rapport à l’objet et au temps différent. Le pinceau, la plume, la gouache, l’encre de Chine, ça traverse les siècles comme Lucky Luke… » »
Sud-Ouest, à propos de Samuel Boulesteix, qui expose ses sculptures à la Cité de la BD d’Angoulême :
« « La toute première sculpture qui a vraiment lancé Boulesteix Collection, c’est Gaston. » Dans son interprétation, le célèbre gaffeur, seul garçon du bureau capable de s’endormir en sursaut, est représenté somnolant avec des documents sous le bras. Nous sommes en 2015, Samuel Boulesteix a déjà acquis une solide réputation, un parcours qui s’est affranchi des normes du para-BD (produits dérivés…) pour offrir aux collectionneurs des objets atypiques. Des tirages d’art alors réalisés à une poignée d’exemplaires, comme le Stryge de Richard Guérineau ou le fameux Méta-Baron issu de la saga de L’Incal de Jodorowsky et Moebius. Son Gaston lui a permis d’exposer un savoir-faire, tant dans la restitution en sculpture d’une icône de la bande dessinée que dans la maîtrise du bronze composite, ce matériau qui offre à ses réalisations leur patine caractéristique. Son travail est aujourd’hui exposé pour plusieurs mois dans le hall du musée de la Bande dessinée d’Angoulême. »
Ouest-France, à propos de la 4e édition du BD Fest de La Roche-sur-Yon et de la place des femmes :
« Trois sur vingt, ce n’est pas assez, admet Cécile Prouteau-Chouard, gérante de la librairie 85000, organisatrice du BD Fest à La Roche-sur-Yon. Pour sa quatrième édition, le jeune festival yonnais accueille, samedi 30 et dimanche 31 mai, dix-sept auteurs et trois autrices de bande dessinée. Tous les ans, on est sur le même ratio. C’est compliqué pour nous d’avoir vingt auteurs. On est content quand on arrive à un quart de femmes, explique la libraire ».
(…)
« « Pendant des années, les femmes ont été très peu visibles, cantonnées au rôle de coloriste. Puis il y a eu un éveil, l’apparition de sujets féministes, de biographies… » , estime Cy, présente à La Roche-sur-Yon, qui a notamment publié Radium Girls chez Glénat. « Moi, j’aime l’horreur, ce n’est pas trop genré« ,confie Elizabeth Holleville. « Mais c’est vrai que plus je vieillis, plus je m’intéresse à ces questions féminines. On est le plus sincère dans ce qu’on connaît le mieux« . Sa prochaine BD, Hysteria (Glénat) parle du non-désir d’enfant. »

Var-Matin, à propos de la Fête du Livre d’Hyères… et de la place des femmes :
« Pendant des siècles, les femmes ont été effacées des livres d’Histoire, des manuels scolaires et parfois même de la langue française. Dans La Marche des femmes, Annick Cojean, Sophie Couturier et Emma Ère entre prennent de réparer cela. Présente à la Fête du Livre d’Hyères, la journaliste raconte comment cette bande dessinée fait dialoguer la grande historienne Michelle Perrot, pionnière de l’histoire des femmes, avec une adolescente d’aujourd’hui. « C’était formidable de faire de Michelle un personnage de bande dessinée, alors que ce n’est pas du tout dans sa culture« , sourit Annick Cojean. Se dessine ainsi un dialogue intergénérationnel avec l’autre personnage de la BD, une jeune fille de 17 ans. « Michelle Perrot raconte combien il a fallu se battre pour les femmes, pour le droit à l’instruction, au vote, à l’émancipation… « , poursuit la journaliste. »
La Croix, à propos de Marion Montaigne, et de Space Montaigne, qui revient 10 ans après la publication de Dans la combi de Thomas Pesquet, retraçant le parcours de l’astronaute français :
« Pour Space Montaigne, elle a dessiné les planches au fur et à mesure. « J’ai commencé comme si je racontais mes aventures par courrier à une amie. » À côté de la sortie de l’album, elle a repris les aventures du professeur Moustache qu’elle publie en ligne sur son blog et se passionne pour l’embryologie. « J’ai vu des embryons de souris gros comme des grains de raisin. C’est fascinant de se dire que cette petite chose va se mettre en ordre. Ça touche à l’existence, au vide. » Des grandes questions qu’elle nous aide à comprendre les pieds sur terre et la tête dans les étoiles. »
Le Parisien, sur le même sujet :
« « Parfois, la science, c’est presque de la poésie même si, avec la recherche fondamentale, on ne connaît jamais les répercussions pratiques d’une découverte », explique Marion Montaigne, qui cite par exemple une étude sur les trajectoires des spaghettis sur un tapis roulant : « Cela a servi pour les câbles qu’on envoie aujourd’hui sous l’eau. Mais c’est vrai que le jour où j’ai rencontré le spécialiste qui comptait le nombre de poils aux fesses du collembole, un petit insecte, je me suis dit : « Chapeau l’artiste ! » » »

L’Est Républicain, à propos de Christian Maucler, qui a dessiné le 14e opus des enquêtes du commissaire Raffini :
« La palette graphique, ce n’est pas son truc. Lui opère à l’ancienne, avec des pinceaux et de la peinture. N’y voyez aucun snobisme. Ce n’est pas le genre : « C’est juste que ce que je fais commence à me plaire, explique Christian Maucler : je ne vois pas pourquoi je lâcherai un truc dans lequel je me sens de mieux en mieux. »
Son truc, c’est l’aquarelle : il dessine et peint selon le procédé dit de la couleur directe : les tracés de contour au noir et les couleurs ne sont pas séparés. Résultat : chacune des planches est un petit tableau à part entière. »
Le Soir, à propos de Tessa Hulls, dessinatrice de Feeding Ghosts, sur la Chine de Mao :
« Sous les poids de l’incompréhension et du silence, pour échapper aux terreurs de sa mère et de sa grand-mère, Tessa s’est transformée en cow-boy, certaine de flinguer les fantômes affamés d’un passé insaisissable. Le duel permanent avec Rose l’a poussée à partir le plus loin possible jusqu’en Antarctique. En 2011, dans la base McMurdo où elle avait accepté un job de cuisinière, elle s’est mise à dessiner des BD sous son lit, sans avoir que cette passion l’amènerait, un jour, à décrocher le prix Pulitzer pour son œuvre de mémoire. »

Le Figaro, à propos de David Sala et de son adaptation de Frankenstein :
« « Le secret de l’humanité de la créature de Frankenstein, révèle l’intéressé, c’est qu’elle agit comme un enfant. Sa colère est due au fait que son créateur ne lui accorde aucune reconnaissance. C’est cette injustice qui le rend violent. Un peu comme les Réplicants dans le film Blade Runner, de Ridley Scott, qui pour moi s’apparente à une sorte de version futuriste de Frankenstein. » » Si l’artiste reconnaît ressortir éreinté de ce nouvel album, il se félicite pourtant de la richesse narrative offerte par la bande dessinée.
(…)
« Je suis plus enthousiaste sur le médium BD qu’il y a vingt ans, affirme-t-il. Les possibilités sont presque sans limites, c’est fou. Pourtant, malgré mes vingt-cinq ans d’expérience, chaque livre me remplit d’inquiétude. C’est même pire à chaque fois. C’est peut-être parce que plus j’avance en âge, plus j’essaie d’être sincère avec ce que je dessine et avec ce que je dis. Je veux dire quelque chose de vrai. C’est pour cela que l’élaboration de chaque nouvel ouvrage est de plus en plus difficile… » »
La Provence, à propos de Terre de sang, le temps du désespoir, de Sfar, invité par le festival « Oh les beaux jours ! » le 29 mai à La Criée à Marseille :
« Durant deux ans, j’ai sillonné les villes à la rencontre des gens. Je montre des personnes normales dans une situation anormale. Mon métier, c’est de faire des portraits des êtres humains que je rencontre. Peut-être que, grâce à ce livre, des lecteurs qui n’avaient jamais rencontré de Palestiniens auront le sentiment de les avoir rencontrés. Peut-être auront-ils aussi le sentiment d’avoir rencontré beaucoup d’Israéliens qui ne ressemblent pas forcément à la caricature qu’on en fait. Peut-être en parleront-ils ensuite de manière moins abstraite, moins clivante. Je vis de l’intérieur les militantismes sur ces sujets depuis plus de trente ans en France. Je regrette que souvent les gens voient les Juifs et les Palestiniens comme des équipes de foot. En réalité, il y a de l’humain, de la détresse, du pessimisme. »
Le Monde, sur le même sujet :
« Lundi 25 mai, un message du collectif Cultures en lutte 13 sur son compte Instagram a appelé au boycott de l’événement et demandé au festival d’annuler l’invitation. Sous le slogan « Sionistes hors de nos villes » sur fond de couleurs du drapeau palestinien, le long texte présente Joann Sfar comme « un relais médiatique francophone les plus actif d’un discours visant à relativiser les crimes commis par l’Etat israélien contre le peuple palestinien « .
(…)
Au festival Oh les beaux jours !, la violence de l’appel au boycott choque. « Pas grand monde ne semble avoir lu Terre de Sang, sinon, on ne ferait pas ce procès à Joann Sfar », regrette la directrice, Fabienne Pavia. »