Le principal événement du mois sera bien évidemment le 51e Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême qui se tiendra du 25 au 28 janvier. Bien que le programme ne soit pas très enthousiasmant (a priori), il serait étonnant de ne pas y faire quelques belles découvertes.

Renaud Chavanne, présentant l’un des titres sélectionnés pour le Prix SoBD 2022

A propos de festivals et de salons, je viens seulement il y a quelques jours d’écouter un podcast où Renaud Chavanne, créateur du SoBD, présentait en novembre dernier l’édition 2013 à venir. Bien que l’événement soit derrière nous (du moins en grande partie puisque la programmation s’étend bien au-delà du premier week-end de décembre, avec l’exposition So Borgnet, visible juqu’au 21 janvier à la Galerie Cécilia F., 4 rue des Guillemites, Paris IVe), le sus-nommé parle de son parcours et nous livre quelques réflexions qui méritent d’être entendues. Il évoque ses propres livres ayant pour objet la composition de la bande dessinée (PLG éditions), et plus globalement tous les livres SUR la bande dessinée, mais ses remarques pourraient tout aussi bien s’appliquer aux livres DE bande dessinée.

« Si un livre a mis du temps à être fait, c’est qu’il n’est pas si facile que ça et qu’il va mettre du temps à être lu, et qu’il va mettre du temps à être admis, potentiellement, possiblement, comme quelque chose d’intéressant. Autrement dit, avant de trouver son public, et peut-être, qui sait, son succès (…), il faut le temps que les gens le lisent et décident si c’est bien ou si c’est pas bien, si ça leur convient ou pas. Or aujourd’hui, on est dans un système où le temps que ceci advienne, le livre n’est plus là (…). Ce constat m’a conduit à mettre en place la librairie Stripologie.com (…) puis de créer le salon avec la volonté de remettre sur les tables des livres qui n’étaient pas forcément récents mais qui sont des livres importants, puis de donner une visibilité à des travaux qui ont besoin d’un temps long et pas d’une circulation extrêmement rapide en librairie. »

https://shows.acast.com/les-entretiens-du-4864/episodes/les-entretiens-du-4864-5-discussion-avec-renaud-chavanne

Ce « présentisme » et cette obsolescence non plus programmée mais désormais quasi-instantanée des livres qui ne restent, au mieux, à quelques exceptions près, que quelques semaines dans les rayons des librairies (quand ils ont la chance d’être sortis des cartons et ne sont pas renvoyés illico au distributeur) expliquent en grande partie le total désintérêt pour l’histoire de la bande dessinée, les commémorations et les anniversaires tant prisés n’étant que l’arbre qui cache la forêt, et encore… Voir comment, l’année dernière, le Festival d’Angoulême a expédié les 50 ans de son histoire.

Aussi n’ai-je guère été étonné que la disparition de Louis Cance, dessinateur de Pif mais surtout animateur pendant près d’un demi-siècle de la revue Hop ! qui s’est attelé à bâtir une histoire de la bande dessinée qui ne se résume pas à trois hebdos franco-belges et à une poignée de stars, suscite aussi peu de réactions. Seuls quelques rares supports régionaux généralistes et deux sites spécialisés, actuabd et bdzoom (auquel il faut ajouter un message sur le répertoire de référence sur les revues : bdoubliees.com) auront fait leur boulot.

L’ultime numéro de Hop ! daté 2e semestre 2020 mais paru en janvier 2022.

https://www.actuabd.com/Mort-de-Louis-Cance-figure-du-fanzine-Hop-et-dessinateur-de-Pif

https://www.bdzoom.com/191525/patrimoine/remember-louis-cance%e2%80%a6/

Grace au film de Jean-Luc Muller, grand connaisseur de Pif Gadget, quelques images de Louis Cance expliquant la fabrication de Hop ! sont toujours visibles sur youtube.

(Petite parenthèse à l’attention de futurs chercheurs : Jean-François Douvry a eu la bonne idée de mettre un dessin inédit de Louis Cance en une de sa revue annuelle et confidentielle -puisque destinée à ses seuls amis- : Les archives du Père Jeff. Décision prise avant la mort de Louis Cance mais que je me plais à considérer cette couverture comme un hommage par anticipation.)

Pour en terminer, provisoirement, avec la mise de côté du vite-fait, vite-lu, vite-oublié, on peut écouter Fabrice Neaud parler de son travail et de son dernier livre : Le dernier sergent, tome 1 : Les guerres immobiles. Là encore, nous sommes dans le temps long.

Fabrice Neaud au 50e FIBD d’Angoulême, en janvier 2023

https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/le-book-club/memoires-autobio-graphiques-avec-fabrice-neaud-7014320